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Ighrem, agadir ou grenier collectif Le mode de vie nomade ou semi nomade, la nécessité pour les paysans de se déplacer au gré des saisons posent des problèmes de transport et de surveillance des « richesses » accumulées pour être utilisées plus tard. L'ighrem est né de cette nécessité de disposer d'une sorte de banque, bien située, dans laquelle on peut effectuer des dépôts et avoir confiance. L'association de plusieurs familles pour exploiter l'ighrem découle de la nécessité de partager les frais du grenier. Cette idée rejoint celle de la tiwizi qui consiste à s'unir pour réaliser une tâche importante. L’ighrem ou agadir (grenier collectif, prononcez : ir-rrrm) est plus qu’une bâtisse fortifiée, c’est un lieu sacré ou aucun péché ne doit être commis (vol, mensonge en particulier). Les chambres à l’intérieur de l’ighrem sont réparties sur plusieurs étages, et tirées au sort. Chaque chambre possède sa serrure dont le chef de famille est le dépositaire. L’utilisateur d’une chambre signale tout problème au conseil du village qui statue sur les corvées de réparation.
Le gardien Il est choisi par la collectivité pour son intégrité et vit avec sa famille dans les annexes du bâtiment qui forment souvent un sas d'entrée. Il se doit de surveiller nuit et jour l’ensemble du bâtiment. Il est détenteur de la clé de la porte principale. L’entrée de l’ighrem est, en principe, réservé aux chefs de famille possédant une chambre. Les personnes étrangères n’ont pas le droit d’entrer et ne peuvent pas constater de visu la nature des dépôts. On peut se rendre compte de la responsabilité qui incombe au gardien quand on demande à visiter un ighrem. Si le gardien vient à mourir se sont ses descendants qui sont « les héritiers » de l’Ighrem. Le dépôt On y dépose les céréales, les légumes « secs », le beurre cuit (odi), l'huile, les objets précieux. Certaines archives du village peuvent également être déposées dans l’ighrem. Tout dépôt donne lieu à un prélèvement, effectué, en principe, au centre du grenier. Ce prélèvement peut être divisé en quatre parts : une part de 10% pour les nécessiteux et les indigents, il s'agit de la zakât, l’aumône, le troisième pilier de l’islam. Deux rations d’environ 1Kg sont prélevées sur chaque dépôt (de céréales), une pour l’Imam et une pour le gardien. Une part est également mise de côté pour les marabouts. Le grenier renferme toutes les mesures indispensables à ces opérations.
L'architecture L’ighrem peut revêtir plusieurs aspects architecturaux en fonction des techniques de construction utilisées, de la nature du terrain, de la vulnérabilité de la position géographique et des matériaux présents sur place. Dans tous les cas il ne nous laisse pas indifférent. Colossale bâtisse carrée en terre crue flanquée de tours, abris troglodytes à flanc de falaise agrippés à quelques failles improbables, château fort inexpugnable épousant la forme des roches d’un piton, il s’agit là, pour nous, de véritables « monuments historiques ». La ruine d’un ighrem Avec les changements profonds qui bouleversent actuellement le Maroc, et bien que beaucoup d'ighrems soient encore en activité, l’ighrem, dans beaucoup de cas, se trouve menacé à moyen terme. Les facteurs pouvant mener un ighrem à la ruine sont les suivants :
Conséquences de la perte d’un ighrem :
Visiter un ighrem Tous les ighrems ne peuvent pas être visités mais demandez toujours, votre interlocuteur se mettra en quète du gardien. Si vous effectuez une visite, il est correct de proposer 10Dh à la famille du gardien (n'oubliez pas non plus votre guide si ça fait longtemp qu'il vous ballade). Demandez l'autorisation de photographier qui vous sera, en principe, accordée (parfois sous réserve de ne pas photographier les femmes). Attention aux échelles, planchers et poutres ! La tagnart (tag-nart)
C'est une « gourde » en peau de chèvre qui a sa place dans le grenier. On lui enlève les poils avec une pierre, on la remplit d'écorces de cèdre ou de chêne pendant 15 jours pour la tanner puis on y met le lait vieux d'une nuit et d'un peu d'eau. En la secouant on obtient le beurre que l'on récupère. On va laisser le petit lait 2-3 jours et l'eau va sortir par les pores. Quand elle sèche, on met la tagnart à tremper, elle peut ainsi servir des années. Quand elle est percée, on la coupe en petit morceaux et on la met dans la soupe d'orge que l'on cuit toute la nuit sur les braises...
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